Le feuilleton judiciaire opposant l’homme d’affaires camerounais Baba Danpullo à MTN Cameroun continue de captiver l’opinion publique et le monde des affaires. Au cœur de cette bataille, des sommes colossales et une guerre de juridictions qui illustrent les complexités du système judiciaire, tout en soulevant des questions fondamentales sur la sécurité des investissements et l’indépendance de la justice.
Retour sur l'affaire: une escalade de tensions
Tout commence en 2020, lorsqu’en Afrique du Sud, la First National Bank (FNB) procède à la saisie et à la vente des biens immobiliers de Baba Danpullo, un magnat dont la fortune repose sur l’agro-industrie, l’immobilier et les télécommunications. Estimant que cette action est une injustice orchestrée par des intérêts étrangers, Danpullo engage une contre-offensive judiciaire au Cameroun contre des entités liées à la Public Investment Corporation (PIC), actionnaire de FirstRand Bank, maison mère de FNB.
Dans ce bras de fer, MTN Cameroun et Chococam se retrouvent dans le viseur de Danpullo, qui réclame la restitution de sommes prétendument détournées par FirstRand Bank. Une série d’ordonnances judiciaires aboutit à la saisie des comptes bancaires de MTN Cameroun, portant sur un montant astronomique de 144 milliards de FCFA. Parmi ces fonds, 120 milliards de FCFA concernent le service Mobile Money, une manne financière dont la gestion est strictement encadrée par la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC).
Le 26 février 2025, la Cour d’appel du Littoral annule les saisies ordonnées précédemment par le Tribunal de première instance (TPI) de Douala-Bonanjo. Cette décision marque un coup d’arrêt aux prétentions financières de Danpullo sur MTN Cameroun, du moins temporairement. Pourtant, dans un rebondissement inattendu, une autre juridiction rétablit la saisie, laissant planer le doute sur l’issue du conflit.
Les tensions s’exacerbent alors que l’exécution des décisions judiciaires est bloquée par des recours incessants. MTN Cameroun, arguant du caractère irrégulier de ces saisies, mobilise ses avocats pour contester les décisions. L’opérateur télécom fait notamment valoir que les fonds Mobile Money ne peuvent être saisis, car ils appartiennent aux clients et non à l’entreprise elle-même.
Cette affaire soulève plusieurs enjeux cruciaux :
1. La protection des investissements étrangers : L’image du Cameroun en tant que destination d’investissement est en jeu. Si un opérateur aussi important que MTN peut être ciblé de cette manière, quel signal cela envoie-t-il aux autres investisseurs étrangers ?
2. L’indépendance et la cohérence du système judiciaire : La succession de décisions contradictoires jette une ombre sur la crédibilité des institutions judiciaires. La rapidité avec laquelle certaines décisions sont annulées ou rétablies laisse entrevoir des influences en coulisses.
3. La réglementation des services financiers : L’affaire met en lumière la nécessité d’une meilleure protection des fonds Mobile Money, qui constituent un pan essentiel de l’inclusion financière en Afrique.
Avec des sommes aussi colossales en jeu, et des décisions judiciaires qui se suivent et se contredisent, il est difficile de prévoir l’issue de cette affaire. MTN Cameroun continue de défendre ses intérêts en multipliant les recours, tandis que Baba Danpullo, déterminé à récupérer ce qu’il considère comme son dû, explore toutes les voies légales possibles.
Ce bras de fer est bien plus qu’un simple litige commercial. Il met à nu les dysfonctionnements d’un système où la justice peut parfois sembler instrumentalisée à des fins économiques. L’avenir dira si cette bataille judiciaire aboutira à une clarification des règles ou si elle renforcera la méfiance des investisseurs envers l’environnement des affaires au Cameroun.MTN Cameroun vient d'obtenir une levée de saisie pratiquée par 𝐁𝐀𝐁𝐀 𝐃𝐀𝐍𝐏𝐔𝐋𝐋𝐎 sur ses comptes.
Précisons que Baba Danpullo chiffre à 5 200 milliards de FCFA, les actifs que la FirstRand Bank lui a fait perdre en Afrique du Sud. En plus de cette somme, le milliardaire camerounais réclame le paiement de 21,6 milliards de FCFA au titre de loyers indûment perçus, 22,1 milliards FCFA de frais de recouvrements de même que des intérêts au taux de 3,25%. Soit un montant global à date de 275,5 milliards de FCFA.