Une attaque dévastatrice et la destruction d'équipement militaire sophistiqué
L'attaque perpétrée par Boko Haram contre la base militaire de Wulgo, dans la nuit du 24 au 25 mars dernier, continue de livrer ses révélations. Selon des sources militaires, un mortier de 120 mm Soltam Cardom de fabrication israélienne a été détruit lors de cette offensive d'une rare violence qui a fait au moins onze morts dans les rangs des forces de défense camerounaises.
La destruction de cet équipement militaire de pointe représente une perte matérielle significative pour l'armée camerounaise, mais écarte la menace d'un renforcement des capacités opérationnelles du groupe terroriste. Cette information contredit les premières craintes selon lesquelles l'arme aurait pu tomber entre les mains des assaillants.
Le mortier Soltam Cardom de 120 mm, fabriqué par Israël, est un système d'artillerie avancé réputé pour sa précision et sa puissance de feu. Habituellement monté sur véhicule, cet équipement permet des tirs précis jusqu'à plus de 7 kilomètres et est équipé d'un système de contrôle de tir informatisé.
"Bien que la perte matérielle soit regrettable, la destruction de ce mortier lors de l'attaque constitue un moindre mal par rapport au scénario où il serait tombé intact aux mains de Boko Haram," confie sous couvert d'anonymat un expert en sécurité basé à Yaoundé.
L'assaut contre la base de Wulgo, camp de la Force mixte multinationale et poste avancé des forces camerounaises en territoire nigérian, s'est déroulé en deux phases distinctes. D'abord des frappes par drones, suivies d'un assaut terrestre mené par des combattants lourdement armés se déplaçant dans des véhicules tactiques légers.
Les échanges de tirs ont duré plusieurs heures avant que les assaillants ne prennent l'avantage. Selon les témoignages recueillis, les terroristes ont méthodiquement pillé le matériel militaire avant d'incendier ce qu'ils ne pouvaient emporter. C'est probablement lors de cette phase que le mortier Soltam Cardom a été détruit, soit par les forces camerounaises pour éviter sa capture, soit par les terroristes lors de l'incendie du matériel.
Si le bilan officiel communiqué par l'armée camerounaise fait état de onze militaires tués lors de l'attaque, des sources indépendantes évoquent un chiffre bien plus élevé, parlant d'au moins 19 morts. Les blessés ont été évacués par hélicoptère vers N'Djamena au Tchad, tandis que les dépouilles ont été transportées à Maroua.
Cette attaque s'inscrit dans une tendance inquiétante de sophistication des opérations menées par Boko Haram. Le 8 mars dernier, une attaque similaire à Darak avait déjà permis aux terroristes de s'emparer d'un important stock d'armes.
Le chef de la division de la Communication du ministère de la Défense a reconnu, dans un communiqué publié le 26 mars, "que des groupes terroristes du pourtour du bassin du lac Tchad, dotés d'un armement de pointe, montaient en puissance".
D'après des renseignements recueillis auprès de sources locales, les djihadistes auraient désigné la localité camerounaise d'Hilé-Alifa comme leur prochaine cible. Située dans la région de l'Extrême-Nord et le département du Logone-et-Chari, à proximité de la frontière avec le Nigeria, cette localité pourrait faire l'objet d'une attaque imminente.
Face à cette menace, le préfet du Logone-et-Chari, Mathias Fombele, présent à Fotokol le jour de l'attaque de Wulgo, a tenu une réunion de sécurité d'urgence. Le porte-parole de l'armée a annoncé l'intensification des opérations de recherche pour neutraliser les assaillants et sécuriser la région face à cette menace croissante.