Actualités of Thursday, 27 February 2025

Source: www.camerounweb.com

Sawa contre Bamiléké: voici d'où vient cette haine qui alimente les propos d'Elimbi Lobé

Le Tissus du peuple Bamiléké Le Tissus du peuple Bamiléké

Toute haine, toute action de rejet de l'autre trouve son origine dans un pan de l'histoire, qui elle-même est liée à des faits ou des histoires manipulées, afin d'induire sciemment des peuples en erreur.

La Bamiphobie qu'exploite aujourd'hui l'acteur politique Elimbi Lobé semble relever de cet ordre.

Car, il y a bien une histoire qui est distillée chez les Sawa qui fait qu'une fois qu'un Bamiléké est accusé de quelque chose, c'est toute la tribut qui est condamnée, et on oublie que chaque jour, parmi les sawa ou les Béti ou nordiste il existe les brebis galeuses…

Lison le poète Timba Bema qui nous partage une histoire qui permet de comprendre cette Bamiphobie à l'origine des diatribes d'Elimbi Lobé contre ses propres frères.


"L’assassinat des Bema Moulende ou l’invention de la bamiphobie
Quand elles ne tombent pas à la suite des coups assénés par leurs maris ou leurs conjoints, les femmes tombent à la guerre, non pas comme belligérantes, non pas comme combattantes acharnées de la liberté, mais comme des victimes innocentes des mâles. Elles sont suspectées d’être légères, de succomber facilement à la séduction de l’ennemi. Ou alors on les accuse d’informer la partie adversaire une fois que la nuit est tombée. En l’espace d’une semaine, après notamment le revirement spectaculaire de Tibor Nagy, le secrétaire d’Etat adjoint américain aux Affaires Africaines, on a assisté à deux odieux assassinats de femmes dans les régions anglophones en guerre. D’abord, Mbah Treasure.

Une jeune femme dont on se sait qu’une chose : qu’elle dansait merveilleusement bien. Ensuite, Confort Tumasang. Une mère de famille hors de tout soupçon, clamant avec une sincérité désarmante son innocence, quelques minutes avant d’être découpée à la machette, le tout filmé par un téléphone portable et diffusé à grande échelle. En lisant les différentes réactions, j’ai aussitôt pensé à l’assassinat Il y a 60 ans des Bema Moulende, mes grands-parents, dans le Moungo, où se déroulait alors la première guerre civile camerounaise. Ce triple assassinat est l’évènement qui fera basculer les Duala et de manière plus générale les Sawa dans la bamiphobie.

Pour le comprendre, il faut se replonger dans la stratégie déployée à l’époque par l’armée camerounaise, alors conseillée et équipée par les Français. Il s’agit notamment de la guerre contre-révolutionnaire inventée par le colonel français Lacheroy, qui a exercé ses talents de militaire en Indochine, en Algérie, au Sénégal et en Côte d’Ivoire dans le contexte de décolonisation. C’est notamment en Indochine qu’il a observé le déploiement de la guerre révolutionnaire par les Viêt-mings. Un des aspects les plus importants de sa stratégie est l’arme psychologique, qui vise, par des techniques de manipulation de masse à imposer sa narration du conflit. Cela passe donc forcément par la fabrication d’une réalité qui validerait en quelque sorte sa narration.

C’est ainsi qu’on a vu apparaître sur le théâtre des opérations de faux-maquisards, c’est-à-dire des groupes actionnés par l’armée camerounaise et se faisant passer pour des insurgés. En outre, l’arme psychologique a pour but de désolidariser la population des forces insurgées. En effet, sans le soutien de celle-ci, sur qui repose l’effort de guerre, l’insurrection s’effondrerait d’elle-même en d’interminables luttes intestines.

C’est dans le cadre de cette stratégie qu’il faut comprendre l’invention de la bamiphobie. Il s’agissait d’empêcher toute sympathie vis-à-vis des Bamiléké, qui hébergeaient le foyer du maquis. Cela passait par la fabrication d’une figure assez répugnante du Bamiléké pour empêcher toute identification, toute fraternisation avec elle. L’assassinat des Bema Moulende participait de cette stratégie. Puisque de nombreux Duala possédaient des implantations agricoles dans le Moungo concédées par les Allemands. Les notes de renseignement de l’époque nous informent de la fabrication d’une narration, à savoir qu’ils auraient été tués par leurs ouvriers Bamiléké pour s’emparer de leurs plantations, ce qui bien évidemment est faux. Puisqu’une bonne partie de leurs terres, en tout cas celles qui étaient dûment enregistrées au registre foncier sont encore entre les mains de la famille.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que deux autres narrations circulaient à l’époque, parmi lesquelles la narration véridique. Pourtant, c’est la narration bamiphobe qui va peu à peu s’imposer chez les Duala et plus largement les Sawa.


L’assassinat des Bema Moulende ou l’invention de la bamiphobie
Quand elles ne tombent pas à la suite des coups assénés par leurs maris ou leurs conjoints, les femmes tombent à la guerre, non pas comme belligérantes, non pas comme combattantes acharnées de la liberté, mais comme des victimes innocentes des mâles. Elles sont suspectées d’être légères, de succomber facilement à la séduction de l’ennemi. Ou alors on les accuse d’informer la partie adversaire une fois que la nuit est tombée. En l’espace d’une semaine, après notamment le revirement spectaculaire de Tibor Nagy, le secrétaire d’Etat adjoint américain aux Affaires Africaines, on a assisté à deux odieux assassinats de femmes dans les régions anglophones en guerre. D’abord, Mbah Treasure. Une jeune femme dont on se sait qu’une chose : qu’elle dansait merveilleusement bien. Ensuite, Confort Tumasang. Une mère de famille hors de tout soupçon, clamant avec une sincérité désarmante son innocence, quelques minutes avant d’être découpée à la machette, le tout filmé par un téléphone portable et diffusé à grande échelle. En lisant les différentes réactions, j’ai aussitôt pensé à l’assassinat Il y a 60 ans des Bema Moulende, mes grands-parents, dans le Moungo, où se déroulait alors la première guerre civile camerounaise. Ce triple assassinat est l’évènement qui fera basculer les Duala et de manière plus générale les Sawa dans la bamiphobie.

Pour le comprendre, il faut se replonger dans la stratégie déployée à l’époque par l’armée camerounaise, alors conseillée et équipée par les Français. Il s’agit notamment de la guerre contre-révolutionnaire inventée par le colonel français Lacheroy, qui a exercé ses talents de militaire en Indochine, en Algérie, au Sénégal et en Côte d’Ivoire dans le contexte de décolonisation. C’est notamment en Indochine qu’il a observé le déploiement de la guerre révolutionnaire par les Viêt-mings. Un des aspects les plus importants de sa stratégie est l’arme psychologique, qui vise, par des techniques de manipulation de masse à imposer sa narration du conflit. Cela passe donc forcément par la fabrication d’une réalité qui validerait en quelque sorte sa narration. C’est ainsi qu’on a vu apparaître sur le théâtre des opérations de faux-maquisards, c’est-à-dire des groupes actionnés par l’armée camerounaise et se faisant passer pour des insurgés. En outre, l’arme psychologique a pour but de désolidariser la population des forces insurgées. En effet, sans le soutien de celle-ci, sur qui repose l’effort de guerre, l’insurrection s’effondrerait d’elle-même en d’interminables luttes intestines.

C’est dans le cadre de cette stratégie qu’il faut comprendre l’invention de la bamiphobie. Il s’agissait d’empêcher toute sympathie vis-à-vis des Bamiléké, qui hébergeaient le foyer du maquis. Cela passait par la fabrication d’une figure assez répugnante du Bamiléké pour empêcher toute identification, toute fraternisation avec elle. L’assassinat des Bema Moulende participait de cette stratégie. Puisque de nombreux Duala possédaient des implantations agricoles dans le Moungo concédées par les Allemands. Les notes de renseignement de l’époque nous informent de la fabrication d’une narration, à savoir qu’ils auraient été tués par leurs ouvriers Bamiléké pour s’emparer de leurs plantations, ce qui bien évidemment est faux.

Puisqu’une bonne partie de leurs terres, en tout cas celles qui étaient dûment enregistrées au registre foncier sont encore entre les mains de la famille. Il est d’ailleurs intéressant de noter que deux autres narrations circulaient à l’époque, parmi lesquelles la narration véridique. Pourtant, c’est la narration bamiphobe qui va peu à peu s’imposer chez les Duala et plus largement les Sawa".