Selon des informations exclusives obtenues par notre rédaction de Boris Bertolt, le président Paul Biya serait particulièrement mécontent de son ministre Issa Tchiroma Bakary suite aux récents meetings politiques tenus à Maroua et Garoua. Lors de ces deux rassemblements d'envergure, qui ont mobilisé des foules impressionnantes, le président national du Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC) n'aurait pas une seule fois appelé ses militants à soutenir Paul Biya pour la présidentielle d'octobre 2025.
Cette omission, loin d'être anodine, intervient dans un contexte particulièrement sensible où le Grand-Nord camerounais, traditionnellement acquis au RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), montre des signes croissants de désaffection envers le pouvoir en place.
D'après nos sources, cette situation aurait provoqué l'irritation du président Biya qui y verrait un manque de loyauté de la part d'un ministre censé défendre la politique gouvernementale. "Le chef de l'État considère cette absence d'appel au vote en sa faveur comme un affront personnel et une forme de trahison politique", nous confie un proche du palais d'Etoudi sous couvert d'anonymat.
Ce mécontentement présidentiel pourrait avoir des conséquences politiques majeures. Plusieurs analystes évoquent désormais la possibilité d'un remaniement ministériel dans les semaines à venir. "Paul Biya n'est pas homme à tolérer longtemps ce qu'il considère comme des écarts de loyauté, surtout à l'approche d'une échéance aussi cruciale que la présidentielle", analyse un politologue camerounais.
Les récentes mobilisations orchestrées par Issa Tchiroma dans le septentrion camerounais interrogent sur ses véritables ambitions politiques. Après le succès retentissant du meeting de Maroua le 15 février, rassemblant des milliers de partisans, la manifestation du 22 février à Garoua aurait réuni près de 50 000 personnes selon les organisateurs.
Lors de ces événements, le ministre s'est contenté d'appeler ses militants à "s'inscrire massivement sur les listes électorales" en vue des scrutins à venir, sans jamais mentionner explicitement un soutien à la candidature de Paul Biya. Un silence qui résonne d'autant plus fortement que le Grand-Nord représente un réservoir électoral déterminant pour les élections nationales.
La région septentrionale du Cameroun, comprenant l'Extrême-Nord, le Nord et l'Adamaoua, constitue traditionnellement un bastion électoral crucial avec ses millions d'électeurs potentiels. Or, selon plusieurs observateurs, cette zone connaîtrait actuellement un "vent debout" contre le pouvoir central, alimenté par des sentiments d'abandon et de marginalisation.
Dans ce contexte, l'attitude d'Issa Tchiroma, qui prévoit déjà un prochain grand meeting à Ngaoundéré, capitale de l'Adamaoua, pourrait être interprétée comme une volonté de capitaliser sur ce mécontentement régional à des fins personnelles.
Face à cette situation, l'entourage présidentiel s'attendrait à une clarification rapide de la position d'Issa Tchiroma. "Soit il réaffirme publiquement et sans ambiguïté son soutien au président Biya, soit il devra en assumer les conséquences politiques", nous explique notre source.
Contacté par notre rédaction, l'entourage du ministre n'a pas souhaité commenter ces informations. Toutefois, certains proches du FSNC laissent entendre que le parti pourrait prochainement faire une déclaration importante concernant son positionnement pour la présidentielle de 2025.
Dans un pays où les équilibres régionaux jouent un rôle fondamental dans la stabilité politique, cette tension entre Paul Biya et l'une des figures politiques majeures du Nord pourrait rebattre les cartes à quelques mois du scrutin présidentiel.