Jeune Afrique révèle des failles de sécurité majeures sur le site de l’organe électoral, tandis que l’opposition et des activistes dénoncent une gestion laxiste.
La publication des listes électorales par Elections Cameroon (Elecam) tourne au scandale. Selon des révélations rapportées par Jeune Afrique, les données personnelles des électeurs camerounais, incluant noms, dates de naissance, numéros de carte d’identité et même des photos, seraient accessibles sans protection suffisante sur le site de l’institution. Une situation qui relance les interrogations sur la crédibilité d’Elecam, déjà vivement critiquée par l’opposition.
Le 26 mars, l’activiste numérique Rémi Tassing, soutenu par la femme d’affaires Rebecca Enonchong, a alerté sur l’exposition des données sensibles des électeurs. Les internautes pouvaient, en quelques clics, accéder à des informations confidentielles, ouvrant la voie à des risques d’usurpation d’identité ou de fraude. Malgré les dénégations d’Elecam, qui a qualifié ces données d’« erronées » dans un communiqué du 3 avril, l’agence a finalement mis hors ligne son site internet, confirmant implicitement les craintes.
« Il est tout à fait possible de préserver la confidentialité de certaines informations, comme le numéro de carte d’identité ou les noms des parents, sans nuire à la transparence », a réagi Rebecca Enonchong. L’opposant Abdourahman Hamadou a également insisté sur la nécessité d’équilibrer transparence et protection des données.
Cette affaire n’est pas une première. En 2020, des pirates avaient pris le contrôle de la page Facebook officielle d’Elecam, y diffusant une image de l’opposant Maurice Kamto en signe de victoire, créant une vive polémique. Rémi Tassing affirme que l’agence avait déjà reconnu des failles de sécurité dans une lettre adressée à Hamadou.
« Cela révèle un manque de suivi dans la gestion des plateformes. Tout a probablement été conçu il y a des années sans mise à jour », déplore-t-il. Les sites www.elecam.cm et file.elecam.cm seraient particulièrement vulnérables, exposant des données cruciales comme les lieux de résidence ou les professions des électeurs.
Cette polémique intervient dans un climat déjà explosif. La société allemande Veridos, partenaire d’Elecam, a été accusée par la Brigade anti-sardinards (BAS) de complicité dans de présumées fraudes électorales. Une manifestation a même eu lieu devant ses locaux à Munich fin mars.
Par ailleurs, Rémi Tassing affirme avoir découvert des anomalies dans les listes : des personnes décédées toujours inscrites, des photos manquantes, et même les noms de hauts responsables comme Ferdinand Ngoh Ngoh ou Franck Biya. Autant d’éléments qui alimentent les suspicions.
Dans son communiqué, le directeur général Erik Essoussé a dénoncé des « individus mal intentionnés » cherchant à manipuler le fichier électoral. Il a réaffirmé que le processus était « rigoureux et sécurisé », sans toutefois expliquer comment ces données ont pu fuiter.
Mais pour l’opposition et les observateurs, ces assurances sonnent creux. Alors que la présidentielle approche, la crédibilité d’Elecam, déjà mise à mal, risque de se dégrader davantage si des mesures concrètes ne sont pas prises pour sécuriser les données des électeurs.