Par Gaston NTOUBA ESSOME
Je ne suis pas historien, mais je suis assez lucide pour reconnaître quand l’histoire est tordue pour servir des intérêts douteux. Ces derniers jours, certains ont jugé opportun de traiter Ernest Ouandié de bandit sous prétexte que l’indépendance du Cameroun avait déjà été proclamée en 1960. Cette argumentation est non seulement simpliste, mais surtout malhonnête.
Si nous suivons cette logique, alors toute lutte de libération menée après une déclaration d’indépendance devient un crime. Pourtant, partout dans le monde, des peuples ont poursuivi la résistance après l’indépendance officielle de leur pays, car une souveraineté de papier ne fait pas une liberté réelle.
Alors posons la vraie question : est-ce le statut de l’État qui détermine la notion de Résistance et de Patriote Nationaliste ?
L’UPC combattait un système colonial déguisé
Le Cameroun a-t-il obtenu une véritable indépendance en 1960 ? NON !
Il a obtenu une indépendance sous contrôle, avec des accords de “coopération” qui maintenaient la mainmise française sur la politique, l’économie, et même l’armée du pays. Ahidjo a été installé par la France pour neutraliser ceux qui réclamaient une vraie souveraineté, et le combat de l’UPC était dirigé contre cette confiscation du destin national.
Comment peut-on parler d’indépendance lorsque :
✔️ Les militaires français supervisaient la répression contre les nationalistes.
✔️ L’économie et la monnaie restaient sous contrôle français.
✔️ Les figures de la résistance étaient traquées et assassinées comme des criminels.
Si Ouandié était un bandit, alors De Gaulle, Mandela, Che Guevara, Simon Bolivar, et tous les résistants de l’histoire étaient aussi des bandits !
L’histoire ne doit pas être sélective.
Réduire Ouandié à un “bandit” revient à appliquer une grille de lecture coloniale : les résistants africains étaient toujours considérés comme des “rebelles” ou des “criminels” par les pouvoirs en place.
✔️ À ce compte, Douala Manga Bell, Um Nyobé auraient-ils aussi été qualifiés de bandits ?
✔️ Par ce raisonnement, tout résistant devient un criminel dès lors qu’il remet en cause un ordre établi injuste.
✔️ Pourtant, ces figures sont aujourd’hui des héros nationaux.
Leur résistance était-elle plus légitime parce qu’ils ont affronté les Allemands et non les Français ?
Si demain un “historien” nous explique que Martin Paul Samba n’était qu’un fauteur de troubles qui a défié l’autorité coloniale pour son propre intérêt, devons-nous aussi le croire aveuglément ?
Devons-nous ignorer que Douala Manga Bell a été pendu pour s’être opposé au vol de terres par les Allemands et non parce qu’il était un criminel ?
“L’arme la plus puissante entre les mains de l’oppresseur est l’esprit de l’opprimé.”
— Steve Biko
L’histoire ne doit pas être un outil de manipulation au service d’intérêts politiques ou ethniques.
Des résistants devenus héros : Ouandié dans la lignée des grands combats
✔️ Nelson Mandela a été traité de terroriste pendant des décennies par le régime de l’apartheid et par plusieurs pays occidentaux avant d’être reconnu comme un symbole de la liberté.
✔️ Charles De Gaulle était vu comme un fugitif et un rebelle par le régime de Vichy et l’occupant nazi, avant d’être considéré comme le libérateur de la France.
✔️ Che Guevara a été traqué et assassiné par les services américains, avant de devenir une icône mondiale de la lutte révolutionnaire.
Dans tous ces cas, ce sont ceux qui écrivent l’histoire qui décident qui est un héros et qui est un bandit.
Un détournement du discours historique :
“QUE FAISAIT OUANDIE DANS LE MAQUIS APRÈS 1960 ?
La vraie question devrait être :
“Le Cameroun était-il réellement indépendant après 1960 ?”
Ouandié et ses compagnons ne combattaient pas une indépendance, ils combattaient une dépendance maquillée en souveraineté.
L’UPC voulait un Cameroun libre, autonome, avec un État au service du peuple, pas une marionnette installée par l’ancienne puissance coloniale.
Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui, certains pseudo-historiens cherchent à gommer cette partie de l’histoire.
Transformer des résistants en bandits permet de :
✔️ Délégitimer la lutte contre le néocolonialisme.
✔️ Occulter les responsabilités de ceux qui ont profité de cette indépendance factice.
✔️ Effacer le souvenir des vrais bâtisseurs d’un Cameroun libre et souverain.
ELIMBI LOBE :
UN PANTIN RECRUTÉ POUR LA DIVERSION :
Cette campagne insidieuse n’est pas une initiative isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie bien huilée du régime de Yaoundé, visant à distiller le tribalisme dans l’opinion publique, notamment à l’approche des élections.
On connaît la méthode : à l’approche des élections, certains “influenceurs” et “analystes” sont cooptés, moyennant promesses de postes ou enveloppes discrètes, pour distiller les ingrédients du tribalisme dans l’opinion.
Elimbi Lobe n’est pas un électron libre. Sa sortie contre Ernest Ouandié est bien plus qu’un simple dérapage : c’est la signature d’un contrat.
L’homme, dont l’oisiveté médiatique et l’errance idéologique ne sont plus à démontrer, vient d’être officiellement enrôlé dans la propagande d’État.
Pourquoi lui ?
Parce qu’il était idéalement placé pour jouer ce rôle.
Depuis des années, il a transformé la question foncière en croisade tribale. Son discours, souvent centré sur les tensions entre Sawa et Bamiléké, en faisait le candidat parfait pour jeter de l’huile sur le feu.
Désormais, le pèlerin a enfin signé son contrat de travail avec Yaoundé.
Après avoir erré de plateau en plateau, à la recherche d’une reconnaissance, il a trouvé son utilité dans le chaos orchestré.
Le voilà en service commandé, exécutant docile d’un plan qui le dépasse.
Il ne faut pas s’y tromper.
L’absence de réaction des autorités est la preuve d’une stratégie assumée.
Mais l’histoire est une maîtresse impitoyable : les exécutants finissent toujours sacrifiés une fois leur rôle accompli.
Un peuple qui oublie son histoire devient une proie facile pour ceux qui veulent l’enchaîner.
CONCLUSION :
Refusons la falsification de l’histoire !
Ceux qui ont résisté à la domination étrangère ne sont pas des criminels.
Ce sont eux qui ont porté le flambeau de la vraie indépendance, celle qui ne se limite pas à un drapeau et à un hymne national.
L’histoire ne doit pas être une arme de manipulation politique, mais un outil de vérité et de réconciliation.
Refuser cette vérité, c’est faire le jeu de ceux qui ont tout intérêt à nous maintenir dans l’ignorance.
Mais rien d’étonnant !
Comme dirait l’autre :
“On a normalisé l’écart
pour écarter la norme.”
Et c’est bien là notre plus grand drame.
Gaston NTOUBA ESSOMÈ