Opinions of Friday, 21 March 2025

Auteur: Julie Foka

Fo’o Dzakeutonpoug 1er, Cardinal émérite du droit en carton

Le ministre Momo Jean de Dieu Le ministre Momo Jean de Dieu

Je l’avoue humblement: je n’ai pas étudié le droit. Mes diplômes ne me permettent pas de disserter doctement sur les arcanes de la jurisprudence. Mais quand je tombe sur un "juriste" de ton calibre, Jean de Dieu Momo, je ressens soudainement des pulsions de légiste. Face à toi, même un apprenti en droit du bétail, j'allais dire une profane comme moi aurait des chances de plaider devant la Cour suprême! Tu es peut-être avocat, mais franchement, si la nullité juridique était un crime, tu serais en détention préventive à vie.

Tu nous assènes, l’air solennel, des articles de loi comme si nous étions des enfants de chœur subjugués par tes "révélations". Hélas, ton sermon juridique est aussi creux qu’un décret présidentiel sur la lutte contre la corruption au Cameroun.

Trêve de bavardages, voyons voir ce que Momo nous a pondu cette fois...

Depuis Quand l’aveuglement devient une méthode de lecture juridique ? Tu invoques l’article 15 de la Constitution, qui précise que « chaque député représente l’ensemble de la Nation » et que « tout mandat impératif est nul ». Cela signifie que Jean Michel Nintcheu, en tant que député, n’est pas l’esclave du parti qui l’a investi. C’est là un principe élémentaire dans les démocraties fonctionnelles et la Constitution est claire là-dessus : un député représente la Nation entière, pas un parti politique. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’article 15(2) : "Chaque député représente l’ensemble de la Nation" , mais je te concède que cela puisse être un concept abstrait pour quelqu’un qui doit chaque matin prêter allégeance avant même de se brosser les dents.

Ensuite, l’article 121 du Code électoral, ton arme fatale, ne dit rien d’autre que ce que tout le monde sait déjà : un parti sans élus doit réunir 300 signatures pour présenter un candidat à la présidentielle. Où est donc la "disqualification" magique dont tu parles ? Maurice Kamto et le MRC n’ont jamais prétendu être exemptés de cette règle. Si 300 signatures sont nécessaires, elles seront obtenues. Tu peux donc ranger ton air faussement triomphal et économiser ton souffle pour une autre bêtise.

Concernant l’article 121 du Code électoral, celui sur lequel tu t’agrippes désespérément. Tu veux nous faire croire que le MRC est disqualifié de la présidentielle de 2025 sous prétexte qu’il n’a pas d’élus dans les institutions.

Mais tu oublies que cet article ne dit pas que seuls les partis ayant des élus peuvent investir un candidat. Il prévoit deux cas de figure :

1. Un candidat investi par un parti politique (sans exiger que ce parti ait des élus)

2. Un candidat indépendant qui doit recueillir 300 signatures

Où est-il écrit qu’un parti sans élus ne peut pas investir un candidat ? Nulle part. Ce que dit le texte, c’est que si un parti n’a aucun élu, alors son candidat doit en plus remplir les conditions d’un indépendant. Une contrainte supplémentaire ? Oui. Une interdiction ? Non

Le mythe du député prisonnier

Là où tu t’embourbes définitivement, c’est sur la question de Jean Michel Nintcheu et sa "députation fantôme". Tu sembles croire qu’un député qui quitte son parti devient une sorte d’apatride parlementaire, errant sans légitimité dans les couloirs de l’Assemblée. Sauf que non, Momo. Un député élu reste député, même s’il change de formation politique. Il n’a pas été élu pour le bon plaisir du SDF mais par des électeurs qui lui ont accordé leur confiance.

Ton argument selon lequel il siège toujours sur un banc "marqué SDF" et émarge sur une liste portant l’ancienne étiquette relève d’une obsession pour le mobilier et la papeterie administrative qui force l’admiration. Mais si l’on suit ta logique, alors tout député ayant changé de parti depuis 30 ans devrait disparaître dans un vortex juridique. Et pourtant, le Parlement continue de siéger. Magique, non ?

Quand on manque d’arguments, on crie à l’insurrection

Tu termines ton numéro en agitant l’épouvantail de la "révolution populaire", persuadé que Kamto veut s’emparer du pouvoir par la rue. Parce qu’évidemment, dans votre esprit, réclamer des élections libres et crédibles est un crime de lèse-Roi. Mais entre nous, Momo, soyons sérieux : le seul coup d’État permanent au Cameroun, c’est celui qui consiste à organiser des élections où seuls les morts ont le droit de voter.

Encore une fois, je ne suis pas juriste. Mais si mon ignorance suffit à déboulonner ton raisonnement comme un vieux panneau de campagne du RDPC rongé par la rouille, imagine ce que le Pr. Kamto, lui, pourrait faire. Heureusement pour toi, le Président Kamto et les avocats du MRC ont d’autres priorités que de démonter du sous-argumentaire de ministre en détresse.

Jean de Dieu, mon cher, tu devrais me remercier : en quelques lignes, je viens de te donner un cours accéléré de droit électoral. Je ne te demande pas d’être reconnaissant – ce serait trop – mais au moins, la prochaine fois que tu voudras jouer au grand expert, épargne nous les approximations dignes d’un étudiant de première année redoublant.

Bref, ton analyse est un tissu d’amalgames, de distorsions et de mauvaise foi. Alors, que cherches-tu exactement, Fo’o Dzakeutonpoug 1er ? Disqualifier un adversaire ou fabriquer un prétexte pour diaboliser une candidature qui fait peur ?

J’ai ma petite idée… Mais je te laisse méditer là-dessus, avec ton Code électoral sous l’oreiller. Peut-être qu’en dormant dessus, tu finiras enfin par le comprendre.
Allez, va réviser.