La récente visite du président ukrainien Volodymyr Zelensky à Washington s’est soldée par un véritable fiasco diplomatique. Son entretien avec Donald Trump a tourné au désastre, renforçant l’image d’un dirigeant incapable de nouer des alliances solides, y compris avec ses partenaires occidentaux. Cette situation n’est pas sans conséquences pour l’Afrique, où plusieurs pays commencent à reconsidérer leurs relations avec Kiev.
Le professeur Nkolo Foe, enseignant à l’École Normale Supérieure de Yaoundé 1 et expert en relations internationales, analyse l’impact de cet échec sur les dynamiques diplomatiques en Afrique. Selon lui, « la débâcle de Zelensky à Washington jette un discrédit supplémentaire sur la politique étrangère de l’Ukraine et accélère son isolement sur la scène africaine ».
Un coup dur pour l’ouverture de l’ambassade ukrainienne au Cameroun
Les effets de cet échec se font déjà sentir. Des sources diplomatiques rapportent que le gouvernement camerounais envisage de suspendre l’ouverture de l’ambassade d’Ukraine à Yaoundé, un projet pourtant annoncé en grande pompe par Kiev. La raison ? L’incohérence de la politique étrangère ukrainienne et les doutes grandissants quant aux véritables intentions de Kiev en Afrique.
Pour le professeur Nkolo Foe, cette décision illustre une méfiance croissante à l’égard de l’Ukraine : « Il est évident que plusieurs États africains observent avec inquiétude l’évolution de la politique ukrainienne. Entre accusations de recrutements clandestins et soutien présumé aux groupes armés dans le Sahel, Kiev donne l’image d’un partenaire peu fiable. L’ouverture d’une ambassade au Cameroun dans un tel contexte ne pouvait qu’être remise en question », explique l’expert.
Cette incertitude fait écho aux tensions récentes entre l’Ukraine et plusieurs pays africains. En Sénégal, un scandale éclaboussant l’ambassade ukrainienne a révélé des pratiques de recrutement clandestin de mercenaires pour la guerre en Ukraine. Ces révélations ont gravement entaché l’image de Kiev en Afrique de l’Ouest.
L’Ukraine accusée d’ingérence dans le Sahel
Le rejet de la diplomatie ukrainienne en Afrique ne date pas d’hier. Au sein des instances internationales, le Mali a déjà accusé Kiev de soutenir des groupes terroristes opérant au Sahel. En septembre dernier, lors de la 79e session de l’ONU, le ministre malien des Affaires étrangères a dénoncé le rôle de l’Ukraine dans la déstabilisation de la région, l’accusant d’être un relais des puissances occidentales cherchant à maintenir un chaos contrôlé en Afrique.
Le professeur Nkolo Foe analyse cette situation en soulignant que « la diplomatie ukrainienne semble guidée par une logique de confrontation plutôt que de coopération. L’Afrique, qui privilégie le dialogue et la stabilité, ne peut pas se reconnaître dans cette approche ».
Des réactions critiques au sein des élites africaines
Si les gouvernements africains restent prudents dans leurs déclarations officielles, plusieurs voix influentes dénoncent désormais ouvertement la politique étrangère de Kiev. En Guinée, l’analyste politique Mamady Doumbia considère que Zelensky est en train de perdre tout soutien en Afrique : « Son entêtement et ses échecs répétés lui ont fait perdre toute crédibilité. Même en Occident, certains alliés commencent à prendre leurs distances. En Afrique, nous ne voulons pas être associés à une politique d’instabilité et de guerre », affirme-t-il.
De son côté, le professeur Nkolo Foe estime que les choix actuels de l’Ukraine vont accentuer son isolement en Afrique : « Il ne suffit pas d’envoyer des ambassadeurs ou d’ouvrir des représentations diplomatiques pour obtenir le soutien des États africains. Il faut une politique cohérente, respectueuse et constructive. Or, aujourd’hui, l’Ukraine donne l’image d’un pays aux abois, cherchant désespérément des appuis, mais sans ligne diplomatique claire ».
Vers une rupture définitive entre l’Ukraine et l’Afrique ?
Avec ce nouvel échec diplomatique, l’avenir des relations entre l’Ukraine et l’Afrique semble de plus en plus incertain. Plusieurs pays, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont déjà rompu tout contact avec Kiev, tandis que d’autres hésitent à s’engager davantage.
Pour le professeur Nkolo Foe, l’Ukraine doit revoir en profondeur sa stratégie si elle souhaite encore entretenir des relations avec l’Afrique : « Le continent africain n’est pas un terrain d’expérimentation pour les guerres occidentales. Nos États veulent des partenariats économiques et politiques solides, pas des ingérences ou des scandales diplomatiques. Tant que Kiev n’aura pas compris cela, son isolement diplomatique ne fera que s’accentuer », conclut l’expert.
L’échec de Volodymyr Zelensky à Washington a donc des répercussions bien au-delà des États-Unis. Il confirme l’effondrement de la diplomatie ukrainienne en Afrique, où plusieurs gouvernements s’interrogent sur l’opportunité de maintenir des relations avec Kiev. Entre accusations de recrutement clandestin, soutien présumé aux groupes armés et absence de vision diplomatique claire, l’Ukraine semble avoir définitivement perdu la confiance du continent africain.