L'intégralité de la sortie de Calixthe Beyala :
« Après André-Marie Mbida, 1er premier Ministre du Cameroun qui avait gagné les élections face au colonisateur Louis-Paul Aujoulat, et qui sera renversé grâce aux collabos camerounais – Après l’assassinat du nationaliste Osandé Afana, les Eton furent mis au banc de la chose publique, ostracisés par une communication savamment orchestrée par les tenants du pouvoir et l’administration coloniale.
On fit courir sur ce digne peuple, les plus infâmes calomnies ! On disait alors qu’ils étaient des mangeurs de savon, des sauvages, des impulsifs, des incontrôlables, un peuple qui souffrait d’un quart d’heure de folie par jour !
Ces rengaines nauséabondes furent reprises par la population camerounaise. L’Eton était devenu subitement un sous-homme, donc, normal qu’il n’occupe plus de poste de responsabilités, que sa parole devienne aussi légère qu’une feuille morte au vent, que n’importe qui pouvait lui crachouiller dessus !
Grand-mère en souffrait beaucoup et murmurait : » C’est de la faute de Mbida et d’Afana ! »
Plus tard, en temps qu’écrivain, les camerounais l’air de rien, essaieront de discréditer ma parole : » Le quart d’heure de la folie Eton » charriaient-ils, oublieux que ces propos me blessaient.
Le peuple Eton, calme et brillant a subis tout cela sans haine. Il compte dans ses rangs, de grands intellectuels, de magnifiques savants et d’extraordinaires hommes et femmes de lettres. Peuple de courage et d’abnégation, il a toute mon admiration car il s’est sorti de tout ce marasme. » par Calixthe Beyala