Chaque fois que je vois dans les journaux des reportages sur des innocents lynchés, des gangs qui terrorisent des quartiers entiers, ou des forces de l’ordre qui tabassent des civils pour un rien, je ne peux m’empêcher de réfléchir à l’étroitesse d’esprit de certains de nos aînés.
Enfermés dans leurs calculs mesquins, ils chassent du pays des expertises dont nous avons pourtant cruellement besoin. C’est un cercle vicieux frustrant, et qui me laisse me demander combien de temps encore nous allons répéter les mêmes erreurs. Car voyez-vous, pendant mon séjour en Allemagne et aux Pays-Bas, j’ai soutenu une thèse en criminologie sur la justice populaire au Nigeria, où j’ai exploré des phénomènes identiques à ceux décrits dans le communiqué de la ministre.
J’ai même publié des articles scientifiques très respectés sur ces mêmes questions. Alors, vous pouvez imaginer ma surprise lorsque, lors d’un entretien pour un poste d’assistant au département de sociologie de l’Université de Yaoundé 1 en 2020 ou 2021, un professeur titulaire m’a demandé ce que moi, ayant travaillé sur le Nigeria, je pourrais bien enseigner à leurs étudiants (comme si les Durkheim et autres classiques qu'ils enseignent là bas avaient avaient jamais mis pied sur le continent Africain en leur temps). Et pourtant, c’est dans ce même département que j’ai obtenu mon Master de sociologie - un diplôme qui a permis à des dizaines d’autres universitaires camerounais d’accéder à des postes d’enseignement. Le bon sens aurait voulu que ce département s'appuya son mon expertise pour, à minima, poser les fondations d'une chaire de recherche en sociologie de la violence au Cameroun.
Mais hélas... Cela me peine profondément, car ma thèse faisait partie de ces recherches rares et précises qui ont le potentiel de sauver des vies, surtout dans un contexte où l’utilité des sciences sociales est sans cesse remise en question, parfois même ignorée.