Opinions of Wednesday, 26 March 2025

Auteur: Haman Mana

Haman Mana flingue les universitaires qui signent des motions de soutien à Paul Biya

Haman Mana Haman Mana

Rien de nouveau sous le Renouveau. Il circule en ce moment une liste d’enseignants d’université, appelant à la candidature de M. Paul Biya à une huitième réélection à la présidence de la république du Cameroun.
A la fin dudit mandat, son impétrant sera âgé de 99 ans et totalisera une cinquantaine d’années à la tête du Cameroun. Ce sera un record jamais atteint dans l’histoire contemporaine.

L’autre record atteint, ce sera celui du pilotage à rebours d’une nation promise aux plus grands espoirs au vu de ses potentialités, mais plongée méthodiquement dans la misère et la déshérence, avec l’active complicité de ses élites - si tant est que ce mot ait encore un sens - et la passivité de ses masses.

Nos professeurs qui signent un nouvel appel - on avait déjà vu ça en 2004- à la réélection de ce champion sont ceux là mêmes qui enjambent des tas d’immondices pour aller enseigner une masse d’étudiants d’autant plus démotivés que l’université au Cameroun n’est plus qu’un moyen de contenir une jeunesse à qui on ne propose pas grand chose.

Pour l’essentiel, et pris en privé, ils vous avoueront tous que leur nom ne figure sur cette liste que parce qu’ils veulent se «conformer». Se «conformer» à quoi? Au courant de leurs «chefs» qui leur ont demandé de faire ainsi. Comme de simples fonctionnaires, donc. Des «fonctionnaires de la pensée», sans aucun doute.

Des personnes ayant fait d’aussi hautes et souvent brillantes études, ne peuvent pas ignorer qu’un jour, un beau jour, la raison étant revenue à tous les esprits, il leur sera rappelé leur signature au bas de cette forfaiture. Ah! Ils évoqueront comme Eichmann lors de son procès, l’obéissance aux ordres.

C’est ici que l’on touche à ce que Hannah Arendt a appelé «la banalité du mal», en s’apercevant que curieusement les rouages de la machine qui génère le mal, celle qui créa les camps de concentration et d’extermination, les «petites mains de la dictature», ne soient pas de dangereux psychopathes, mais plutôt des gens ordinaires, happés par un système…

Mais il n’y a cependant pas de doute : la lâcheté n’exonère pas de la responsabilité. Bien de ces signataires sont des récidivistes -ils avaient déjà signé en 2004- et c’est trop facile, en tous cas c’est pas glorieux d’associer les manches de sa toge, fussent elles brodées des plus prestigieux lauriers universitaires, à cette mascarade qui défie le sens de l’histoire.

Alors que les autres nations africaines reprennent le souffle de l’espoir en se donnant des dirigeants jeunes, inspirés et affûtés pour les enjeux du monde nouveau qui arrive avec ses défis, le Cameroun, avec la complicité active d’une fausse élite, s’enfonce dans la voie vers la fosse d’un passé sans issue.